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Harcèlement, TDAH… : Kim Lewin dans Transmission

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Kim Lewin a 27 ans. Et elle a déjà traversé dix ans de harcèlement scolaire, de scarifications, de neuf hospitalisations et une tentative de suicide. Sa mère Karen était là à chaque étape. Et pourtant, pendant ce temps, elle recevait ses propres diagnostics : cancer de la thyroïde, puis sclérose en plaques. Dans ce nouvel épisode de Transmission, elles témoignent ensemble de ce qu’une mère et sa fille traversent quand la souffrance s’installe sur dix ans. Et de comment se libérer vraiment de ce passé douloureux.

L’adolescence de Kim : l’engrenage du harcèlement

Kim arrive au collège avec de trop nombreuses étiquettes ; celles du TDAH et du surpoids. Bien que les traitements réduisent ses angoisses, ils ne règlent pas ce qui se passe en dehors de la classe.

Le harcèlement numérique commence, celui qui nous suit de la salle de classe à la maison. 

Elle mange pour gérer ce qu’elle ne sait pas encore nommer. Elle grossit. L’engrenage du harcèlement prend alors place : « j’étais malheureuse donc je mangeais, donc je prenais du poids, donc je me faisais harceler, et comme je me faisais harceler, j’étais malheureuse. »

Un soir, elle regarde le documentaire d’une artiste qui a des cicatrices et les montre fièrement. Kim commence à se scarifier. Pour ressentir quelque chose de réel. Pour que la douleur ait une forme visible, palpable. Comme pour donner raison à son mal-être.

À 15 ans, son foie est atteint. Elle est opérée d’un bypass en urgence. Elle change d’école. Les hospitalisations à répétition commencent alors pour l’adolescente.

Karen face à la maladie : soigner sa fille, se soigner soi

Pendant les premières années de crise de Kim, Karen, sa maman, reçoit un diagnostic de cancer de la thyroïde. Six mois après la mort de sa propre mère.

Elle doit alors apprendre à gérer la maladie de sa fille, et son propre diagnostic. Plus tard, une sclérose en plaques est diagnostiquée. Un traitement efficace est trouvé, mais Karen ne lâche rien !

Ce qu’elle décrit dans l’épisode, c’est une forme d’organisation intérieure qui ressemble à un réflexe. On met les émotions de côté. On fait ce qu’il y a à faire, sans se demander comment on va.

Ce mécanisme est bien documenté chez les aidants. Selon une étude publiée dans la revue Frontiers in Psychology, les proches de patients hospitalisés développent significativement plus de symptômes anxieux et dépressifs que la population générale, souvent sans en avoir conscience pendant la période de crise. Le système de survie prend le dessus. L’introspection attend.

Neuf hospitalisations et une tentative de suicide

Entre ses 15 et 20 ans, Kim connait neuf hospitalisations. Quatre ans d’errance médicale. Des psychiatres. Des changements d’école. Une relation avec un jeune homme rencontré à l’hôpital, qui devient violente. Kim met cinq ans à partir. Le jour où elle quitte cet homme, elle nomme ça elle-même : sa renaissance.

Un soir, Kim est hospitalisée. Elle appelle Karen.

« Maman, je me suis ratée. »

Karen raconte encore ce moment avec des frissons.

Ce que vit vraiment un parent en burn out parental

L'effondrement silencieux pendant la crise

Pendant toutes ces années, Karen n’a pas d’autre option que de tenir.
C’est précisément ce que décrivent les spécialistes du burn out parental. On ne s’effondre pas pendant la crise. On s’organise, on anticipe, on gère. L’effondrement arrive plus tard, quand la pression retombe.

Selon une étude de l’UCLouvain menée par Moïra Mikolajczak et Isabelle Roskam, pionnières sur ce sujet en Europe francophone, le burn out parental se distingue de la dépression par son caractère contextuel : c’est dans le rôle de parent que l’épuisement se concentre. Les mêmes personnes peuvent fonctionner normalement au travail ou dans leur vie sociale. Ce n’est pas une faiblesse générale. C’est une surcharge localisée, accumulée sur des années.

Karen, de l’extérieur, fonctionnait. Rien ne paraissait.

Le contrecoup que personne n'avait vu venir

Quand Kim est enfin hors de danger, Karen s’effondre à son tour.

Les angoisses arrivent. La tristesse. Une fatigue qui ne ressemble à rien de ce qu’elle a connu avant. Une culpabilité diffuse, sans objet précis.

Elle le dit dans l’épisode avec une lucidité qui frappe : « je ne savais pas que j’en avais autant accumulé. »

Ce contrecoup post-crise est l’une des formes les moins reconnues du burn out parental. Parce qu’il surgit au mauvais moment, quand tout va mieux, quand il n’y a plus de raison visible d’aller mal. L’entourage ne comprend pas toujours. Le parent lui-même ne comprend pas toujours.

Il est utile de nommer ce que c’est. Pas une ingratitude. Pas une fragilité. Un épuisement qui a attendu que le danger soit passé pour se montrer.

La parole, ce qui a tout changé

Kim dit que ce qui l’a sauvée, ce n’est pas une hospitalisation particulière. Pas un médecin spécifiquement. Mais la parole.

Le fait de dire les choses à quelqu’un capable de les entendre. Elle a mis des années à y arriver. Et quand elle a commencé, elle ne s’est plus arrêtée. Elle a écrit un livre, « Plus forte ! », dont la sortie a coïncidé, dit-elle, avec le sentiment d’avoir enfin guéri.

Karen en a écrit la préface.

Pour les deux, c’est la même chose qui a fonctionné. Pas une méthode. Pas un protocole. La parole. Le simple fait de mettre des mots sur ce qu’elles avaient traversé, chacune de leur côté.

C’est aussi ce que Karen reconnaît ne pas avoir su faire pendant les années de crise. On parle quand on peut enfin s’arrêter.

Pour les parents qui se reconnaissent dans ce récit, un accompagnement psychologique peut aider à traverser ce contrecoup. Les consultations en thérapie brève sont souvent adaptées à ces situations : quelques séances suffisent parfois à mettre des mots sur ce qui s’est accumulé.

Kim et Karen : le pouvoir de la transmission

Kim a 27 ans. Elle se décrit comme très heureuse. Elle a reconstruit une relation avec son père. Elle est en paix avec ses cicatrices.

Karen est sortie de l’autre côté, elle aussi.

Ce qu’elles transmettent dans cet épisode, ce n’est pas un guide. Ce n’est pas une liste de choses à faire. C’est quelque chose de plus simple et de plus concret : la preuve que l’issue peut être différente de ce qu’on imagine.

Juliette Paturel

Juliette Paturel

Après une licence en Economie Gestion à l'Université de Rennes et un Master en Stratégie Digitale, Juliette Paturel s'est recentrée sur ce qui la passionne vraiment : la rédaction web au sujet du bien-être de la femme ! Aujourd'hui, elle s'est spécialisée sur les actifs qui peuvent réellement changer la vie des femmes.
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