Il y a des rencontres qui nous apportent une certaine paix intérieure. Celle avec Thomas D’Ansembourg en fait partie. Sa biographie est elle-même une leçon de transformation humaine : ancien conseiller juridique et avocat à Bruxelles, il a eu le courage de changer sa vie pour devenir psychothérapeute, formateur et conférencier à travers ses ateliers. Il consacre désormais sa vie à une seule et même conviction : nous pouvons choisir de nous parler autrement. Auteur de « Cessez d’être gentil, soyez vrai », l’un des livres de développement personnel les plus lus, il porte depuis des décennies un message qui résonne comme une urgence dans un monde qui manque d’intériorité.
La CNV : des mots qui ouvrent des fenêtres
La communication nonviolente (ou CNV), développée par le psychothérapeute Marshall Rosenberg, est souvent résumée à un outil de gestion des conflits collectifs. C’est pourtant bien plus que ça. C’est d’abord un chemin vers la confiance en soi, l’écoute de soi et le respect de soi : apprendre à reconnaître ce qui se passe en nous avant même de s’adresser à l’autre !
Thomas D’Ansembourg aime citer le titre du livre fondateur de Rosenberg : Les mots sont des fenêtres ou des murs. Car au fond, la CNV commence par une question radicale : quel langage est-ce que j’emploie ? Des critiques, des reproches, des jugements ? Ou un langage qui donne à l’autre l’opportunité de s’ouvrir ?
« Nous sommes très, très pétris de jugements », dit-il. Sur nous. Sur les autres. Sur la vie. Ces petites phrases automatiques qui ferment les portes de l’échange avant même qu’il ait commencé. Ce sont là des mécanismes qui, à plus grande échelle, enveniment les relations familiales, amicales ou professionnelles.
La CNV propose un renversement : passer du « il faut » au « j’y tiens ».
« On ne fait pas les choses parce qu’il faut. On fait les choses parce qu’on y tient. » Cette distinction, aussi simple qu’elle paraisse, peut modifier radicalement la tournure d’une discussion. Et si chacun l’intégrait dans son quotidien, ce serait, selon Thomas D’Ansembourg, le fondement d’un véritable développement social durable : une société qui prend soin de ses membres parce qu’elle a appris à prendre soin d’elle-même.
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Quand la société a éradiqué la vie intérieure
Communication non-violente, intelligence émotionnelle, vie intérieure, bien-être… l’emploi de ces mots est de plus en plus commun.
Et pourtant, Thomas D’Ansembourg constate que nous vivons dans une contradiction constante : alors que le marché du bien-être explose, nous n’avons jamais été aussi déconnectés de nous-mêmes et des autres.
« Nous avons éradiqué la vie intérieure et évidemment la vie spirituelle », dit-il d’emblée. « Nous vivons dans la matérialité, dans l’immédiateté. Nous sommes agités de choses à faire en choses à faire. »
Ce diagnostic nous invite à descendre « dans un niveau de conscience plus intime, plus profond, plus ancré. ». Non pas pour fuir le monde, mais pour y être avec davantage de présence.
Mais comment commence-t-on ? Thomas D’Ansembourg refuse les formules magiques. « Il n’y a pas de tips facile », dit-il. « Nous avons besoin d’apprendre à jardiner. Ça demande de l’implication. Exactement comme apprendre la trompette, le foot ou les mathématiques. Rien n’est tombé par hasard. »
Les mécanismes qui nous maintiennent dans le mal-être
Pourquoi, malgré tout ce que nous savons sur le bonheur, restons-nous si souvent prisonniers de notre mal-être ? Thomas D’Ansembourg identifie des mécanismes autobloquants qui sabotent notre joie de l’intérieur et notre estime de soi.
Le premier est ce qu’il appelle la culture du malheur : cette tendance à ressasser ce qui ne va pas, à entretenir un certain goût du drame. Une habitude si profondément ancrée qu’elle en devient presque confortable.
Le deuxième est la culture des rapports de force. Dès que nous ne sommes pas d’accord avec quelqu’un, que ce soit notre partenaire, notre adolescent adoré ou notre collègue, quelque chose se contracte en nous. Une tension nerveuse s’installe. Et presque automatiquement, nous cherchons le gourdin de Cro-Magnon : « J’ai raison, tu as tort », ou bien nous fuyons dans notre grotte. Attaque ou fuite. Domination ou démission.
« On pense que c’est la seule façon de résoudre les conflits, et on rentre là-dedans en pilote automatique », observe Thomas D’Ansembourg. Lui-même ancien avocat, il a réalisé que sa formation tout entière était construite sur ce paradigme : trouver une solution juridique, faire gagner un camp. « Mais c’est pathétique. C’est pas comme ça qu’on règle un divorce, une garde d’enfants, un conflit entre associés. »
Et sa propre vie est la preuve que la transformation personnelle est possible. Thomas D’Ansembourg parle avec franchise de ses fausses croyances d’autrefois : « Je me croyais timide à vie. » Aujourd’hui, il anime des ateliers et des séminaires devant des milliers de personnes. Il ne voulait pas s’engager amoureusement, aujourd’hui il partage sa vie avec Valérie depuis 28 ans. Il ne voulait pas mettre d’enfants au monde, il est père de trois filles avec lesquelles il rit énormément. « On peut se monter un petit monde en carton pâte. Et nous avons absolument besoin de le faire voler en éclats. »
Quand la gentillesse devient une violence silencieuse
« La gentillesse peut être une forme de violence contre soi-même ». Mais uniquement quand elle est un masque.
Combien de fois avons-nous dit « tout va bien » alors que tout allait mal ? Sourrir pour ne pas dévoiler sa souffrance, acquiescer par peur de déplaire ? « À force de dire des ‘oui’ gentils et d’accepter tout, beaucoup de gens sont au bord du burn out », note-t-il, avec la bienveillance de celui qui l’a lui-même traversé.
Mais la véritable question est celle-ci : qu’est-ce qui change réellement dans une relation quand on ose enfin être vrai ? Souvent, elle devient plus intéressante. Plus vivante. Parfois, elle permet de faire le tri. Oser être soi-même, c’est accepter qu’on peut déplaire.
L'art de dire non sans violence
Savoir dire non est un véritable apprentissage. Thomas D’Ansembourg partage un conseil simple, d’une efficacité redoutable : clarifier à quoi je dis oui quand je dis non.
« Non, je ne peux pas te rendre service ce week-end », peut être blessant. Mais « Oui, j’aimerais t’aider ; en même temps, ce week-end j’ai promis d’emmener mes enfants au cinéma », c’est tout autre chose. J’ai dit non à la demande immédiate, et oui à l’amitié, à la famille, à la vie que je choisis.
Cette posture s’applique partout : à l’ado qui n’écoute pas, au partenaire qui se ferme comme une huître, au patron qui ne reconnaît pas notre travail. Dans chaque cas, l’approche est la même : ni fuite ni attaque. « La non-violence, ce n’est pas la non-rigueur », précise-t-il avec une pointe d’humour.
Le temps : notre seule richesse
Thomas D’Ansembourg parle du temps avec une gravité douce. Il lui a fallu six ou sept ans de thérapie pour pacifier son rapport au temps, lui qui avait grandi en entendant « dépêche-toi, on n’a pas le temps ».
Son diagnostic est lucide : la course contre la montre est un héritage de la révolution industrielle, renforcé par ce mantra américain « Time is money », qu’il appelle sans détour « un poison ».
« Si j’ajoute de plus en plus de choses à faire dans la vie, il y a inévitablement de moins en moins de vie dans les choses à faire. » La formule est belle et juste. Le remède ? Ne pas tout changer d’un coup, mais instaurer petit à petit des espaces où je peux respirer. Faire du temps un compagnon, et non un adversaire créateur d’angoisses.
La colère : un message à décoder
Et quand la colère monte ? Loin de condamner les dérapages, Thomas D’Ansembourg opte pour l’écoute active.
« Quand je suis en colère, c’est vraiment qu’il y a de gros, gros besoins qui sont en creux : le besoin d’être compris, d’être respecté, d’avoir ma place, de trouver du sens, d’être aimé. » La colère n’est pas un problème à étouffer mais une information à décoder.
Et dans 90 % des cas, nous avons déjà la clé. Avant de se braquer sur une attitude blessante, il est primordial de comprendre ce qui est vivant chez l’autre, ce qui génère ces comportements difficiles. « L’humain en face de moi n’est pas un problème à résoudre, c’est un humain à rejoindre. », selon le psychologue belge.
C’est particulièrement vrai face aux personnalités passives-agressives, qui sont peut-être les plus déstabilisantes à côtoyer. Thomas D’Ansembourg propose une approche qui peut paraître contre-intuitive : plutôt que de réagir au comportement, chercher à percevoir ce qui l’active. « Tout comportement correspond à des besoins profonds ». Derrière la froideur, les piques, le retrait… qu’est-ce que cette personne vit vraiment ? De quoi manque-t-elle ? Cette capacité d’empathie ne s’improvise pas : elle se développe d’abord en soi, en apprenant à sonder ses propres besoins cachés avant de pouvoir les reconnaître chez les autres. « Ce sera difficile de percevoir ce qui est vivant chez l’autre si je n’ai jamais sondé ce qui est vivant en moi». Le résultat n’est pas garanti mais le potentiel de désamorçage est bien plus grand qu’on ne le croit.
Son tip bien-être, et son mantra
Thomas D’Ansembourg imagine aussi ce qu’il appelle la douche psychique : un court espace de présence à soi entre la fin de la journée de travail et le retour auprès des siens. Quelques minutes pour souffler, déposer les tensions accumulées, et arriver détendu plutôt que de déverser sur ceux qu’on aime le poids de ce qu’on n’a pas encore digéré.
Thomas D’Ansembourg nous partage son meilleur tip bien-être d’une simplicité désarmante : 3 minutes, 3 fois par jour, pour se poser les questions qu’on pose toujours aux autres, mais jamais à soi-même. Comment tu vas ? Qu’est-ce qui te pèse ? Qu’est-ce dont tu as besoin ?
« Ça peut paraître ridicule. Et bien, c’est d’une puissance extraordinaire. »
Son mantra, lui, est venu comme une petite musique, un haïku intérieur : « La vie m’a voulu là ». Comme une invitation à faire quelque chose de cette vie qui nous a été offerte.
Tu es dans le sarcasme, dans le cynisme, dans le rejet — ou est-ce que tu essaimes autour de toi le joyeux pollen de ce que tu es ? Ce choix, dit-il, nous appartient chaque jour.
Vos questions sur Thomas d'Ansembourg
Quels séminaires propose Thomas D'Ansembourg ?
Thomas D’Ansembourg propose un large éventail de formations et de séminaires destinés aussi bien aux particuliers qu’aux professionnels. Ses ateliers pratiques, centrés sur la communication nonviolente, permettent d’expérimenter concrètement les outils de la CNV : gestion des émotions, expression des besoins, résolution de conflits. Il intervient également auprès d’équipes dans le cadre de parcours d’accompagnement sur mesure, notamment en entreprise, en milieu scolaire ou dans le secteur associatif. Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir leur pratique, ses programmes d’éducation bienveillante offrent un cadre structuré pour transformer durablement ses façons de communiquer avec les autres, et avec soi-même.
Thomas D'Ansembourg peut-il aider mes enfants ?
L’engagement social de Thomas D’Ansembourg dépasse largement les scènes de conférence. Pendant dix ans, en bénévolat, il s’est consacré à une association œuvrant auprès de jeunes en difficulté. Des adolescents violents et agressifs, dit-il, « parce qu’ils ont été agressés et violentés. Ils avaient eu des enfances complètement dysfonctionnelles. » Cette expérience a été fondatrice : comprendre que la violence n’est jamais une fin en soi, mais toujours le signe d’un besoin profond non entendu. « Nous avons besoin de créer des rapports humains basés sur le respect, l’écoute et l’attention, à travers toutes les couches sociales. »
Aujourd’hui, profondément convaincu que la communication nonviolente peut transformer l’éducation à la racine, il continue à accompagner les jeunes à travers des programmes pédagogiques adaptés, des partenariats avec des structures associatives, et des formations destinées aux éducateurs et aux familles. Son vœu le plus cher : que la connaissance de soi devienne un véritable quatrième pilier de l’apprentissage aux côtés de lire, écrire et calculer.
Quels sont les trois livres de Thomas D'Ansembourg à lire absolument ?
Cessez d’être gentil, soyez vrai (éditions de l’homme) est le best seller de Thomas D’Ansembourg. C’est le livre pour tous ceux qui se reconnaissent dans un excès de gentillesse, qui n’osent pas dire non. Il apprend à identifier le masque qu’on porte, à nommer ce qu’on ressent vraiment, et à trouver les mots pour le dire sans blesser ni se trahir. Une introduction concrète et douce à la communication nonviolente, avec des exemples tirés du quotidien : le couple, les enfants, le travail.
Enfin, Être heureux, ce n’est pas nécessairement confortable explore tous les inconforts inévitables du chemin vers soi : apprendre à dire non, traverser les deuils, s’exposer au regard de l’autre en étant vrai. Un antidote au développement personnel trop lisse, pour celles et ceux qui veulent avancer les yeux grands ouverts.
Pour aller plus loin dans le processus de la transformation intérieure, son tout dernier ouvrage Te changer toi peut tout changer offre la synthèse de trois décennies de pratique : comment démanteler les croyances qui nous enferment et mettre au monde le potentiel que nous ignorons.





