Dans ce nouvel épisode du podcast Transmission, Fred Musa revient sur ses débuts à La Courneuve, sa famille. On parlera aussi de comment la radio est devenue un véritable refuge, et cette question qui le poursuit depuis trente ans : qu’est-ce qu’on choisit de transmettre, et à qui le doit-on ?
L'enfant inespéré de La Courneuve
Fred Musa naît à Aubervilliers, en 1973. Ses parents, fleuristes, s’installent rapidement à La Courneuve. Avant son arrivée, ils avaient eu une fille, née prématurément et tragiquement décédée la semaine suivant sa naissance. Il grandit donc enfant unique, et inespéré.
Cette histoire pèse, en silence, sur l’enfance qu’on lui offre. Il en parle avec une profonde reconnaissance : ses parents l’ont entouré d’amour, sans jamais le brimer ni freiner ses envies. Ce qu’ils lui transmettent, dit-il, tient en quelques mots simples : « la force du travail, le respect des gens, l’envie d’être curieux et à l’écoute des autres ». Des valeurs qu’il associe directement à son quartier d’enfance, ce mélange de cultures où, selon ses mots, « on partageait tout, même quand on n’avait rien ». Il s’essaie au graff, sans grand succès, puis à la danse hip hop, sans plus de réussite. Mais personne, jamais, ne lui dit d’arrêter.
La radio : son monde à lui
Sans frère ni sœur, Fred Musa se construit tôt son monde à lui. Et ce monde devient petit à petit la radio. Sa mère retrouvera d’ailleurs une cassette où on l’entend, à 8 ou 9 ans, imiter avec sa petite voix les lancements d’une émission, comme s’il y était déjà. Ce qui le fascine à l’époque, c’est de tourner le bouton et de voyager d’une station à l’autre : les radios qui passaient des hits, mais aussi des radios africaines, des radios portugaises, tout un melting pot sonore qui n’existait nulle part ailleurs. L’idée qu’un micro permette d’être entendu dans toute la France ne l’a jamais quitté !
Le virage se confirme à 15 ans, quand il passe ses week-ends et ses mercredis devant les portes de Voltage FM, à Rosny-sous-Bois, à attendre qu’on le laisse entrer. L’opportunité Skyrock arrive en mai 1992, grâce à une journaliste croisée à Voltage qui lui glisse qu’on recherche un assistant, pour une semaine, sans salaire. Il dit oui sans hésiter. Au bout de cette semaine, le directeur des programmes lui propose une nouvelle mission, et c’est à partir de là qu’il commence son véritable métier. Il accepte alors les créneaux que personne ne veut, les nuits, les dimanches matin, jusqu’à ce qu’en 1996 le directeur des programmes Laurent Bouneau lui confie une émission pensée pour accompagner la nouvelle vague de rappeurs qui arrive : Planète Rap.
Planète Rap, ou transmettre le micro à son tour
Ce qui étonne, quand Fred Musa décrit l’origine de Planète Rap, c’est à quel point cette émission traite de la transmission comme d’une histoire. Une loi sur les quotas de chansons françaises pousse les radios à donner plus de place aux nouveaux talents. Laurent Bouneau décide d’en faire la vitrine d’une scène naissante, et lui confie ce rôle de passeur : recevoir des artistes, les mettre en lumière, les accompagner sur une semaine entière. Trente ans plus tard, l’émission existe toujours, et continue de faire ce qu’elle faisait au premier jour.
Fred Musa raconte aussi avoir accompagné Diam’s pendant six mois en studio, le temps de réaliser le making-of de son album Dans ma bulle, traversant avec elle les doutes autant que les moments de fierté. C’est cette part du métier qu’il dit chercher encore aujourd’hui, davantage que la notoriété elle-même : recevoir l’amour de personnes qui lui racontent à quel moment de leur vie il était la bande-son.
L'ascenseur social et la dette du retour
Fred Musa ne vit plus à La Courneuve depuis longtemps. Il l’assume : l’ascenseur social a joué en sa faveur, et il s’autorise à en être fier. Il refuse pourtant de céder à la nostalgie facile du « c’était mieux avant ». Pour lui, les années 80 qu’il a traversées sont aussi celles de la Marche des Beurs, et des violences policières. Ce n’était pas plus simple, dit-il, c’était peut-être seulement plus facile de se mélanger.
Ce qu’il retient surtout de ce parcours, c’est une forme de dette. Il croit au karma, et à l’idée qu’une réussite comme la sienne oblige à rendre un peu de ce qu’on a reçu.
Transmettre à son tour
Aujourd’hui, Fred Musa essaie à son tour de transmettre ce qu’il a parfois eu le sentiment de ne pas avoir reçu. Il raconte un léger sentiment de décalage qui le suit encore, l’impression de manquer de culture face à certains univers, comme celui de l’art et de la peinture. Avec sa fille, aujourd’hui âgée de 18 ans, il a très tôt cherché à ouvrir des portes vers les musées, en essayant de rendre la démarche désirable plutôt qu’obligatoire. Depuis trois ans, sa compagne l’initie elle-même à la peinture et aux artistes qu’elle aime, et il avoue continuer d’apprendre, jour après jour, pour combler ce qu’il appelle son propre décalage.
De son enfance à La Courneuve jusqu’à ses trente ans de radio, Fred Musa raconte une transmission qui circule dans les deux sens, celle reçue de ses parents, celle confiée par Laurent Bouneau avec Planète Rap, et celle qu’il essaie désormais de redonner, à sa fille comme à ceux qui l’écoutent depuis trois décennies.
Regardez l’épisode complet sur la chaîne YouTube de Rewell.





