Hélène Gateau, née Hélène Boucher le 7 décembre 1980, est une vétérinaire française diplômée de l’École Nationale Vétérinaire de Toulouse. Passionnée par le bien-être animal, elle s’est fait connaître du grand public à travers l’émission « Hélène et les animaux » diffusée sur France 5, avant de devenir chroniqueuse animalière sur RTL dans l’émission « Laissez-vous tenter » aux côtés de Virginie Guilhaume.
En 2024, Hélène Gateau publie son premier livre aux éditions Albin Michel : « Pourquoi j’ai choisi d’avoir un chien (et pas un enfant) », un ouvrage audacieux qui questionne les injonctions sociétales liées à la maternité. À travers ce récit intime, elle partage sa relation privilégiée avec Colonel, son border terrier, et assume pleinement son choix de ne pas devenir mère.
Dans cette interview exclusive pour Rewell Magazine, Hélène Gateau se confie sur son parcours, ses convictions et sa vision du bonheur au féminin.
Choisir de ne pas faire d’enfants
Un titre de livre un peu provocateur
Helene Gateau :
« J’ai volontairement fait ce parallèle entre chien et enfant. Je voulais montrer ces deux trajectoires : celle de ne pas avoir voulu d’enfant, et la place que ce chien est venu occuper dans ma vie. Parfois, il faut un peu titiller la société pour se faire entendre, mais il ne faut surtout pas s’arrêter au titre du livre ! »
Pourquoi adopter un animal de compagnie
H.G :
« Je suis véto, j’adore les animaux. A l’époque, j’avais 38 ans, j’étais mariée mais c’était un peu la fin de cette histoire d’amour… J’avais besoin d’un être vivant pour m’apporter du réconfort, un lien d’amour indéfectible et une forme de loyauté. Finalement la présence de Colonel dans ma vie m’a aidée à passer le cap, à faire cette transition « post mariage”. »
Est-ce qu’un chien peut remplacer un enfant ?
H.G :
« C’est vrai que ça peut être un peu ambigu, puisque je ne veux pas d’enfant mais que j’ai un chien avec qui j’exprime énormément de comportements proches des comportements maternels. En tant que femme, à un moment de ma vie, j’ai eu besoin de prendre soin d’un être vivant. Je ne suis pas du genre à materner mes amoureux, donc ce comportement maternel, nourricier, j’arrive à l’exprimer avec mon chien. Néanmoins, je n’ai pas toutes les contraintes que je perçois de la maternité classique. Et dans mon livre, je cite justement un psychologue, Philippe Brenot, qui dit que toute femme a, dans sa tête, un petit enfant. Est-ce que c’est ça l’instinct maternel ? Je ne sais pas… Mais j’ai trouvé une façon de l’exprimer à travers ma relation avec mon chien. Et peut-être que ça aurait pu réveiller un instinct maternel, mais ça s’est arrêté là. Je n’ai pas eu besoin d’aller au-delà. »
L’enfant met-il le couple en danger ?
Helene Gateau :
« L’enfant vient détruire le couple tel que je l’entends, parce que, pour moi, le couple, c’est une forme de bulle à deux, extrêmement fusionnelle. Ce n’est déjà pas forcément évident d’appréhender l’autre, mais avec un enfant on passe d’une équation à deux inconnues, à une équation à trois inconnues. Je ne dis pas que c’est systématique, mais selon moi, un enfant vient bousculer le couple et pas forcément dans le bon sens. »
Trop de pression face à la maternité ?
H.G :
« Je ne peux pas dire que j’ai véritablement ressenti une pression. Il y a eu un moment, où peut-être, j’ai eu un peu plus besoin de me justifier. J’ai fait face à des interrogations et des remarques comme : “Tu vas voir à un moment, tu vas rencontrer le bon, celui qui va te donner envie d’avoir un enfant” ou “Tu ne devrais pas passer à côté, tu vas te retrouver seule quand t’auras 70 ans, dans ton EHPAD !” Je me suis dit qu’il fallait que je m’exprime et que j’explique qu’on peut être une femme, ne pas vouloir d’enfant, et se sentir épanouie dans la relation qu’on a avec son animal. Avant, avoir un enfant, c’était une sorte de prolongement de sa vie, de sa maternité, de sa féminité, mais aujourd’hui, on arrive à une époque où on a le droit de questionner ce besoin et ce désir d’enfant. Je trouve ça bien. »
Une femme accomplie, sans enfant : ça ne plaît pas à tout le monde
Helene Gateau :
« Depuis que mon bouquin est sorti, je me rends compte que ce n’est pas si simple de s’afficher comme une femme qui ne souhaite pas avoir d’enfants. Ça a d’ailleurs suscité beaucoup de questions en moi. Je me suis d’ailleurs demandé si j’étais une femme accomplie. C’est quand même dingue de se dire que c’était quelque chose que j’ai toujours assumé et que d’un seul coup, avec la médiatisation et les avalanches de réactions sur les réseaux sociaux, ça m’a amenée à avoir même un petit moment “down”. Ne considérez pas une femme sans enfant comme une moitié de femme ! Je peux être une femme, une copine, une amante, une pote, mais je ne serai pas maman, voilà. »
D’autres formes de parentalité
Helene Gateau :
« Tous les jours, je reçois des témoignages de femmes qui me remercient d’avoir pris la parole, qui me disent : “Je ne me sentais pas comprise, je me pensais anormale. Merci d’avoir mis les mots sur la relation que j’ai avec mon animal”. Je reçois aussi des messages de femmes un peu plus âgées, dont les enfants sont partis de la maison, ou des jeunes nanas, d’environ 25 ans, qui me disent “un animal, ça me suffit.” Il y a des couples homos qui n’ont pas forcément envie de passer par la case GPA ou PMA et qui vivent une forme de parentalité avec leur animal. J’ai aussi des témoignages extrêmement touchants, de femmes qui, elles, ont voulu avoir un enfant mais n’ont pas réussi et qui ont pu faire le deuil de cette maternité grâce à leur animal. »
Assumer ses choix, le début du bien-être ?
Helene Gateau :
« C’est important que les femmes puissent libérer leur parole sur les choix qu’elles font, qu’ils soient professionnels, familiaux, personnels. Comme je suis à l’aise avec mes choix, je peux traverser un petit peu plus la vie, parce que ça y est, j’ai posé les jalons, je sais aujourd’hui ce qui me rend heureuse. Dans l’affirmation de ne pas vouloir être maman, il y a une différence, une certaine injustice. C’est l’injustice de la nature par rapport aux hommes. Eux n’ont pas ce besoin, cette nécessité, d’assumer de manière aussi radicale et tranchée un choix de vie. »








